Enfant philippin, mon corps est pour l’industrie du sexe

Aux Philippines c’est…

 
Entre 60 000 et 100 000. C’est l’estimation du nombre d’enfants concernés par le trafic lié au sex aux Philippines. Depuis les années 1960 la pornographie et la prostitution infantile sont des fléaux connus des autorités mais qui persistent.
La cause principale de ce trafic est la grande pauvreté qui touche le quart de la population Philippine. On compte 1 enfant sur 3 vivant en dessous du seuil de pauvreté et le taux de mortalité infantile y est particulièrement élevé.

Peuplé de 103,8 millions d’habitants, le pays est un archipel de 7 107 îles situées en Asie du Sud-Est. La capitale est Manille, centre économique et politique comptant plus de 12 millions d’habitants. Les Philippines sont considérées comme le nouveau tigre asiatique par la Banque Mondiale avec une croissance aujourd’hui la première plus forte de l’ASEAN (Association des Nations du Sud-Est Asiatique). Mais dans les bidonvilles de Manille, environ 5 millions de philippins vivent sous le seuil de pauvreté et pour certains directement dans des décharges à ciel ouvert.

 

 

Cette pauvreté de la population a plusieurs causes. Si les événements climatiques réguliers mettent à mal l’économie, quarante ans de confrontations armées entre divers mouvements rebelles et l’armée ont entraîné des centaines de milliers de morts et de millions de déplacés. Cette violence a eu pour conséquences d’aggraver la pauvreté et les inégalités. Dans les zones de conflit, plus de 50% de la population n’a pas accès à une eau de bonne qualité, explique Action Contre la Faim.
D’autre part les inégalités socio-économiques sont scandaleuses. En 2012, les 40 Philippins les plus riches possédaient 21% du PIB, soit 47,4 milliards de dollars. Et la privatisation des services publiques (éducation, santé, l’accès à l’eau …) entretient la pauvreté d’une grande partie de la population.
 

 

De plus…

 
On peut remarquer enfin que la répression contre toute forme de rébellion est généralisée, notamment dans les îles où les compagnies étrangères extraient des minerais. On assiste à un boom dans le secteur minier (cuivre, or, argent, nickel), cependant la taxation étant faible, l’Etat ne perçoit de ce secteur que très peu de royalties.

 

Voici le contexte dans lequel a lieu la prostitution infantile aux Philippines où plus de 10 % des enfants sont contraints de travailler pour subvenir aux besoins de leur famille. Certains se prostituent donc dans ce but. Beaucoup de parents aussi décident de vendre leurs enfants aux trafiquants pour survivre. Et c’est ainsi que de très jeunes filles mais aussi des garçons sont utilisés pour des réseaux de prostitution.
Il s’est donc créé tout un commerce avec un tourisme sexuel local et international touchant plus particulièrement des femmes et des enfants. Il en existe 3 formes en Asie du Sud-Est.

Tout d’abord, le tourisme sexuel dit « de prostitution classique » est le plus répandu. Des femmes, des hommes mais aussi des enfants prêts à tout pour survivre, monnaient leurs services aux passants dans des hauts lieux touristiques.

Il existe ensuite « les voyages sexuels » organisés par des agences spécialisées dans le domaine et basées pour beaucoup en occident. Elles vont même jusqu’à promettre dans leurs contrats une clause donnant le privilège à leurs clients d’avoir des rapports avec des partenaires vierges (la peur du sida oblige). Cette condition les mène à trouver des mineures de plus en plus jeunes pour satisfaire les pulsions de ces touristes. Touristes prêts à commettre sur des populations pauvres ce qu’ils n’oseraient pas dans leurs propres pays où la femme et l’enfant ont plus de droits. Les réseaux locaux de trafics humains et de prostitution sont leurs fournisseurs.

Enfin un « dangereux copinage » constitue la troisième forme de ce tourisme. Il s’agit d’escortes girls toujours plus jeunes qui le temps du passage de touristes, deviennent leurs « copines ». Leurs services ne sont pas ouvertement monnayés mais elles profitent du train de vie de leur « copains » et finissent souvent par les remercier avec des rapports sexuels.

Malgré la connaissance qu’ont les autorités de ce commerce, elles le dénoncent légalement mais ne l’empêchent pas dans les faits car il représenterait entre 2% et 14% du PIB.

Les conséquences de cette prostitution sont terribles. Il est difficile de se faire une réelle idée des dommages physiques et psychologiques que la prostitution infantile engendre. Grand nombre des jeunes prostitués sont malades et/ou contaminés par le virus du sida. Une fois contaminés, ils sont mis à la rue par les trafiquants et livrés à eux-mêmes. Pour compléter le tableau de leur horreur quotidienne, on peut mentionner les autres maladies sexuellement transmissibles, le risque de grossesse non désirée, les invalidités suite aux violences infligées et les diverses maladies psychosomatiques. Mais le plus affligeant (bien qu’à ce stade-là de l’horreur, on ait du mal à graduer l’affliction), c’est la destruction morale de l’individu. Les séquelles psychologiques sont graves et irréversibles. En leur volant leur enfance, c’est aussi de leur avenir dont on les prive. La confiance à jamais perdue dans le monde adulte, ils affronteront la vie seuls, s’ils ont encore la force de se battre… Beaucoup se réfugient dans l’alcool ou la drogue. Devenus dépendants, ils continuent de se prostituer pour se procurer les substances qui leur donneront un semblant de réconfort.

Les philippines sont un exemple d’une mondialisation et une industrialisation du commerce sexuel qui prend place depuis les années 50 dans le monde. Sa croissance fulgurante remet en cause les droits humains fondamentaux, notamment ceux des femmes et des enfants devenus des marchandises sexuelles. La dynamique est telle que, depuis 1995, les organisations internationales adoptent des positions qui, après analyse et malgré un discours dénonçant les pires effets de cette mondialisation du marché du sexe, tendent à la libéralisation de la prostitution et des marchés sexuels. En quelque sorte, ce que défend l’Organisation mondiale du commerce (OMC) en faveur de la mondialisation néo-libérale est actuellement relayé par divers organismes européens et internationaux, dont l’Organisation des nations unies (ONU), dans le domaine de l’exploitation sexuelle des femmes et des enfants. L’Unicef estime dans le monde qu’un million d’enfants entrent chaque année dans l’industrie du commerce sexuel.
Pour lutter contre la pauvreté qui touche les enfants aux Philippines aussi, Le Pain Quotidien va débuter au mois d’Avril des partenariats avec 2 structures. Elles accueillent des enfants vivants dans des bidonvilles de Manille la capitale. La première, est Kalayaan Community Ministries et la seconde est Concordia Children Service, un orphelinat.

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